Célébrités et addictions : une malédiction
- Mélanie Groguelin-Besnard
- 30 nov. 2023
- 4 min de lecture
Pourquoi les célébrités tombent-elles si souvent dans les addictions à la drogue ou à l'alcool ?

Les célébrités, ou “stars” dans le langage courant, sont parfois associées (à tort) à un monde futile et superficiel, où il n’est question que de physique et de performances, condamnées à faire la une des magazines people, qui relèguent autant de mensonges que de vérités. Qu’ils soient acteurs, chanteurs ou mannequins, il n’est pas rare de voir étaler les frasques et excès des célébrités dans ces magazines, plutôt que leurs bonnes actions ou performances artistiques. Mais une question se pose alors : pourquoi est-il si fréquent de voir les célébrités associées à des scandales d’abus d'alcool ou de stupéfiants, et à de réelles addictions, qui entraînent parfois la mort dans les cas extrêmes ?
Nombreux sont les exemples de célébrités ayant souffert d’addiction, certains plus connus que d’autres : Britney Spears, Lindsay Lohan, Johnny Depp, Drew Barrymore, Elvis Presley, Sting, Elton John, Demi Lovato, Robert Downey Jr, et la liste est encore longue. Ces exemples concernent des stars de milieux différents, comme le cinéma ou la musique, et à des époques différentes. Cela montre qu’il existe bien une corrélation entre la célébrité et une consommation excessive d'alcool ou de stupéfiants, pouvant mener à l’addiction.
On pense aussi au tristement célèbre “club des 27”, un groupe de stars de la musique, tous morts brutalement à l’âge de 27 ans : Jimi Hendrix (asphyxie), Jani Joplin (overdose d’héroïne), Jim Morrison (crise cardiaque, peut-être liée à la prise d’héroïne), Kurt Kobain (suicide), Amy Winehouse (alcoolisation massive).
Un risque accru de mortalité
Aborder la question de la célébrité sous un angle psychologique et sociologique, et étudier le comportement des personnes qui y sont confrontées mène à des conclusions surprenantes. Plusieurs études ont déjà été menées pour tenter d’établir la nature des relations entre création artistique, folie et drogues, mais peu existent concernant la célébrité et ses conséquences psychologiques et identitaires.
En 2019, Laurent Muldworf, psychiatre, psychanalyste et membre de la Société Psychanalytique de Paris, met en lumière dans sa conférence “Célébrités, narcissisme et addictions”, les résultats surprenants d’une étude américaine de 2007. Réalisée par l’un des National Institutes of Health, elle s’est intéressée à la question de la mortalité précoce chez les stars Nord-Américaines et Européennes de la musique pop. D’Elvis Presley en 1956 à Eminem en 1999, l’étude a calculé la survie des 100 artistes ayant réalisé les 1000 albums les plus renommés. Le chiffre qui en est ressorti est effarant : les stars de la pop music meurent 1,7 fois plus tôt que la population générale ! Cette mortalité précoce se vérifie plus précisément dans les vingt ans qui suivent le début de la célébrité. Comme le dit le Dr. Muldworf, “au-delà de 25 ans de renommée, la mortalité des stars tend à rejoindre celle du commun des mortels”.
Célébrité précoce et quête d’identité
Lorsque l’on s’intéresse de plus près aux parcours des stars, on constate un certain nombre de points communs : célébrité précoce qui met fin prématurément à l’enfance et à l'innocence, comme ce fut le cas des enfant-stars de Disney Channel, telles que Britney Spears, Lindsay Lohan ou Zac Efron, ou bien le passage trop brutal de l’anonymat le plus total à une renommée mondiale, ou encore les carences parentales et les traumatismes affectifs. Or, il a été prouvé depuis longtemps que des traumatismes ou des abandons survenus trop tôt entraînent la peur de ne pas être aimé ou la peur de l’abandon. Ce sont ces failles, qui marquent durablement les artistes, qui constituent à la fois leurs sources d’angoisse et d’inspiration.
La quête de célébrité est souvent associée à une quête identitaire et de reconnaissance sociale. Certaines personnes vont chercher par la voie artistique à sortir de leur milieu social peu aisé, à prendre en quelque sorte une revanche sur la vie et sur la pauvreté. C’est en partie cette détermination à vouloir changer de vie à tout prix pour connaître la célébrité, la richesse et l’abondance, qui contribue au succès de nombreux artistes.
Malheureusement, le succès s’accompagne très vite d’effets secondaires qui les tirent vers le bas, jusqu’à parfois les faire tomber dans l’enfer de l’addiction. Le passage brutal à la célébrité entraîne une perte de repères, l’abondance d’argent crée un sentiment de toute-puissance, l’intrusion du public et des paparazzis engendre une perte d’intimité et de contrôle sur sa vie privée. En quelque sorte, la célébrité déshumanise : une personne est réduite à l’état de produit à valeur variable.
Cependant, la célébrité n’est pas une malédiction pour autant. Nombreuses également sont les stars à n’être jamais tombées dans l’abus d’alcool ou de drogues, à l’instar de l’icône planétaire de la pop, Beyoncé, qui a pourtant connu le succès très tôt à l’adolescence, ou bien l’acteur oscarisé Leonardo Di Caprio, ou encore l’héroïne de Gossip Girl, Blake Lively.
L’abus d'alcool et de stupéfiants n’est un cliché ni à Hollywood, ni dans les tournées. C’est une problématique bien réelle qui existe pour de nombreuses raisons et qui concerne un grand nombre de stars. La célébrité peut faire rêver, tant elle s’apparente à une vie incroyable, remplie de paillettes et d’argent. Mais l’envers du décor est souvent bien plus sombre.






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