Violences policières : et si la solution se trouvait en Allemagne ?
- adeldjali6
- 22 nov. 2023
- 4 min de lecture
En raison des évènements qui ont eu lieu ces dernières années, - le meurtre de Nahel à Nanterre, les débordements lors des manifestation, notamment celles des gilets jaunes - l’idée d’une réforme, voire d’une refonte de l’institution policière est de plus en plus débattue. C’est dans cette optique que la police allemande est parfois examinée et dressée en exemple pour la police française. Pourtant, le bord politique de la police en France ne diverge pas drastiquement de celui de la police outre-Rhin.

Les policiers allemands ne sont pas exemptés de tout délit, comme en témoigne la mise à pied de 30 policiers qui tenaient un groupe de discussion néonazi en Rhénanie du Nord-Westphalie en septembre 2020. Mais comment s’explique alors la différence en termes de violence et de perception entre la police française et la police allemande ?
Formation policière
La durée de formation des policiers en France est souvent pointée du doigt comme étant l’une des racines du problème. Si celle-ci a été allongée à un an avec 12 mois de stage en commissariat par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, en 2022 (elle était auparavant de 8 mois avec 16 mois de stage afin de recruter rapidement, car la police connaît une importante baisse d’effectif), elle est toujours jugée trop courte, et est comparée à la formation des policiers allemands. Outre-Rhin, celle-ci avoisine les 3 ans, et est bien différente. La communication et la médiation y sont davantage mises en avant, comme le corrobore l’enseignement en sciences humaines dont bénéficie les policiers allemands. Le maître mot à chaque intervention est la “ Deseskalation “ (désescalade), c’est-à-dire le désamorçage préventif de tout conflit à l’amiable, comme l’explique le directeur de recherche au CNRS Fabien Jobard dans une synthèse publiée en juin 2020. Lors des manifestations, cela se traduit, par exemple, par l’isolement des individus interpellés, là où en France, il y a presque des mêlées.
Communication et perception de la police
Ce désamorçage entre policiers et citoyens allemands passe aussi par une communication positive au sujet des forces de l’ordre. Un proverbe mélioratif leur est associé : “ Die Polizei, dein Freund und Helfer “ (“ La police, ton amie et ton assistante “ ). Cela fait naître une image positive du policier dans l’inconscient collectif allemand, là où les slogans le plus souvent associés aux policiers français sont dépréciatifs : “ All cops are bad “ ( “ tous les policiers sont mauvais “). Par ailleurs, la communication du ministère de l’Intérieur joue un rôle négatif dans les interactions entre policiers et citoyens en manifestations, comme l’indique le sociologue Fabien Jobard, en persuadant que les manifestants sont « plus violents et déterminés que jamais » : « Ces mots reviennent sans cesse dans la bouche des hommes politiques après chaque mouvement social. Du coup, on arme la police en conséquence alors que les manifestants ne sont pas forcément plus violents qu’avant. » (il est également notable que la police allemande est beaucoup moins armée que la police française : pas de LBD40...). Cette communication, notamment en contexte de tensions, suscite parfois de vives polémiques et peut agacer les policiers eux-mêmes, comme lorsque Gérald Darmanin a déclaré en juillet 2023 que les policiers “ n’ont pas fait de grandes études “, une semaine après le meurtre de Nahel à Nanterre.
Impunité policière : la solution outre-Manche ?
Il s’agit ainsi en partie d’un problème de perception des forces de l’ordre. Si la violence des policiers est beaucoup discutée, l’impression qu’ils sont impunissables l’est tout autant. C’est ce qui ressort dans le débat public en raison de la relaxation du policier qui a tué Nahel et qui s’est vu verser une cagnotte d’1,6 million d’euros. C’est en ce sens que l’IGPN (Inspection générale de la police nationale), “ la police des polices “, est pointée comme une autorité inefficace, car elle est constituée elle-même de policiers accusés de se couvrir entre eux, incapables de réguler les policiers qui commettent des infractions. Le problème de l’impunité policière persiste outre-Rhin, où en moyenne, seul 0,2 % des plaintes prises en charge à l'encontre des policiers conduisent à des condamnations. C’est au Royaume-Uni, cette fois, que le système diffère. Depuis 2004, l’IOPC (Independent Office for Police Conduct), un organisme indépendant, est chargé d’éclaircir les faits de violences policières. Les agents de l’IOPC sont des médecins légistes, sociologues, juristes, formés à la criminologie. S’il y a également d’anciens policiers, leur présence ne doit pas dépasser 23 % des effectifs de l’organisme. Ce type d’organisation qui séparerait la police, de ceux supposés les juger, est parfois réclamé en France afin de supprimer l’IGPN.
Deux polices : deux dynamiques
Il faut néanmoins aussi noter que la dynamique des mouvements contestataires est largement différente en France et en Allemagne, ce qui participe à la différence entre la police allemande et la police française. Le droit de grève en Allemagne est largement limité par la loi, en comparaison à la France. Il y a de longues phases de négociations, aussi bien entre les différents salariés, qu’entre les employés et leur employeur, certaines professions ne peuvent pas faire grève. En ce sens, moins de gens sont susceptibles de se rendre en manifestation.
Ainsi, calquer le modèle allemand et le raisonnement qui se trouve derrière au modèle français est susceptible de comporter un biais, et de ne pas prendre en compte la différence de culture et de dynamique entre les deux pays.






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