César 2024 : les femmes et #MeToo au cœur de cette 49ème cérémonie
- Victoria Ratto

- 5 mars 2024
- 3 min de lecture
Marquée par le discours de l’actrice Judith Godrèche, la remise des statuettes dorées de cette année, s’est distinguée par un bon nombre de récompenses décernées à des artistes féminines, dans un contexte compliqué pour le monde du cinéma.

“Depuis quelque temps, je parle, je parle, mais je ne vous entends pas ou à peine. Où êtes-vous ? Que dîtes-vous ? Un chuchotement, un demi-mot.” Le silence. C’est ce qu’a dénoncé Judith Godrèche vendredi dernier, sur la scène de l’Olympia. Émouvantes et engagées, ses paroles ont fait ressurgir le mouvement #MeToo, qui avait pris de l’ampleur en 2017 et qui dénonçait sexisme, violences sexuelles et viols sur les femmes. La comédienne alerte et déplore l’omerta, alors qu’elle même a déposé plainte contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour des faits d’agressions physiques et sexuelles remontant à son adolescence. Elle n’est pas la seule à les accuser : Isild Le Besco envisage elle aussi de porter plainte contre eux. Peu avant la cérémonie, des militantes féministes avaient répondu à l’appel de la CGT-Spectacle et scandaient, devant le bâtiment : “Depardieu on te voit ! Doillon, Jacquot, on vous voit !”
Toute cette agitation fait écho à ce qu’il s’est passé, quatre années auparavant, en 2020, lorsque Adèle Haenel et d’autres spectateurs, avaient quitté la salle après le sacre de Roman Polanski comme meilleur réalisateur alors que ce dernier fut inculpé aux États-Unis en 1977 pour des faits de viols sur mineurs. C’est en 2023 que des mesures concrètes avaient été prises par l’Académie des César qui avait annoncé ne plus “mettre en lumière” les personnes impliquées par la justice pour des faits similaires. Début janvier 2024, elle avait publié un communiqué, déclarant que le renouvellement et le durcissement de cette règle. Ainsi, aucun invité condamné ou mis en examen ne pouvait se rendre à l’Olympia cette année. Cependant, il n’était pas exclu qu’un absent pour ces raisons puisse gagner un prix : “si à l'issue des deux tours de scrutin, les membres votants de l’Académie décidaient d’attribuer un César à une personne faisant l’objet d’une mise en cause judiciaire, ce vote ne donnerait lieu à aucune remise de César sur scène ni à aucun discours par ou pour la personne concernée(...)”.
Malgré cette toile de fond dénonciatrice, la remise des prix fut triomphante pour Justine Triet. Son film, Anatomie d’une chute, a obtenu 6 statuettes, celle du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur montage, du meilleur scénario original, de la meilleure actrice (Sandra Hüller) et du meilleur acteur dans un second rôle (Swann Arlaud). “Je voudrais dédier ce César à toutes les femmes, celles qui se sentent coincées dans leurs choix, dans leur solitude, celles qui existent trop et celles qui n’existent pas assez, à celles qui réussissent et à celles qui ratent, et enfin celles qu’on a blessées et qui se sont libérées en parlant. Et à celles qui n’y arrivent pas”, s’est exprimée la réalisatrice en recevant le César du meilleur film. C’est la deuxième femme a être primée pour ce titre depuis 2000, la première étant Tonie Marshall avec Venus Beauté Institut. Côté film étranger, ce n’est pas Christopher Nolan pour Oppenheimer qui a obtenu un prix mais Monia Chokr avec Simple comme Sylvain. Le réalisateur a tout de même reçu un César d’honneur, tout comme Agnès Jaoui, qui est ainsi devenue la femme la plus titrée de l’histoire de la cérémonie avec sept statuettes.






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