Restitution d’œuvres d’arts volées : l’importance culturelle pour les pays qui les réclament
- Victoria Ratto

- 7 mars 2024
- 3 min de lecture
Depuis le début de l’année, l’Instagram du British Museum de Londres se retrouve inondé de commentaires d’internautes chiliens. Ils demandent à dernier de restituer les deux Moaï que possède le musée. Cette action relance le débat sur la restitution d'œuvres d’arts volées lors des temps coloniaux.

L’appel à la restitution d'œuvres d’arts pillées durant l’époque coloniale ne date pourtant pas d’hier. Dès 1978, L’UNESCO demandait déjà à ce que les biens culturels soient rendus aux pays victimes de ces vols. Cependant, il y avait des conditions, conditions toujours valables à ce jour. La conservation dans leurs pays d’origine ne doit pas permettre une dégradation des ouvrages et ils doivent être accessibles au plus grand nombre. L’année d’avant, certains pays européens avaient sauté le pas et avaient rendu certaines œuvres volées. La Belgique en avait retourné au Zaïre et les Pays-Bas avaient rendu à l’Indonésie des statues bouddhistes et hindouistes ainsi que des objets provenant de collection royale, importants dans son histoire.
La réticence de l’Europe anciennement colonialiste à rendre les œuvres d’arts volées s’explique avec facilité : en les restituant, cela reviendrait à avouer que ces biens culturels ont été spoliés. Les arguments pour les garder sont nombreux. Les infrastructures des pays demandeurs seraient insuffisantes, les objets pourraient se dégrader, le personnel compétent serait manquant, peu qualifié, les inventaires seraient inexistants et la menace d’une revente illégale lors de trafic serait grande. Outre ce manque de moyen, vient ensuite un autre raisonnement : les laisser dans les musées européens permet de les montrer au plus grand nombre et de faire apprécier les autres cultures. Pourtant, pour ces pays, il s’agit d’une grande partie de leur identité culturelle qui leur a été arrachée avec ces vols. En récupérant ces objets, ils peuvent ainsi continuer leur émancipation et tourner une page considérable sur leur passé.
De plus, l’argumentation au sujet du trafic d'œuvres d’arts peut être contrecarré. L'appât du gain par la vente illicite se retrouve également dans les pays de l’Union Européenne. En mai 2022, l’ancien président du Louvre, Jean-Luc Martinez, s’est retrouvé mis en examen pour complicité d'escroquerie en bande organisée dans un ample trafic illégal d'antiquités. La restitution d’ouvrages pillés et revendus frauduleusement semble d’ailleurs se faire plus facilement quand il s’agit de vols récents. En effet, en octobre 2017, c’est 8 pièces égyptiennes saisies par la douane française en 2010 qui ont été rendues. En juin 2021, la France rendait à son tour 114 antiquités volées au même pays. Hors Union Européenne, c’est l'État de New York, qui, en septembre 2022, remettait à l'Égypte 16 autres œuvres.
Cependant, la tendance générale reste positive et de plus en plus de musées en Europe procèdent à l'examen de leurs expositions. En 2018, les Pays-Bas avaient annoncé s’être décidé à vérifier leur collection dans quatre musées dans un souci d’éthique et de morale. Le but était de pouvoir rendre à certains pays africains ce qui leur appartenait à l’origine. En juillet 2023, ils ont rendu 478 objets appartenant à l’Indonésie et au Sri Lanka. Côté français, la promesse d’Emmanuel Macron en 2017 de “rendre possibles dans un délai de cinq ans les restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en France” a été tenue. En octobre 2021, ce n'était pas moins de 26 œuvres d’arts qui étaient restitués au Bénin.
Malgré les investigations et les engagements des musées à rendre les ouvrages volés pendant la colonisation, bien peu de biens sont réellement retournés chez eux. Quant à la demande des chiliens au sujet des Moaï, le British Museum assure qu’il converse régulièrement à ce sujet avec l’Île de Pâques. Il ne prévoit pas cependant de les rendre, considérant que “la force de la collection du British Museum réside dans son ampleur et sa profondeur, qui permettent à des millions de visiteurs de comprendre les cultures du monde.” Ce n’est pas la première fois qu’une demande est adressée au musée à propos de ces deux gigantesques statues : cinq ans et demi plus tôt, une lettre avait été écrite à ce sujet par les autorités locales, sans que la démarche n'aboutisse.






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