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Les anglicismes : un fléau dans la langue française

Les anglicismes ont gagné beaucoup de terrain ces dernières années dans la langue française, notamment à cause de l’expansion des réseaux sociaux.



“Il a monté son business” ou “Je peux pas, j’ai un call”. Tout le monde a déjà entendu ces phrases au moins une fois. Certains sont tellement entrés dans notre langage usuel qu’on ne remarque même plus qu’ils sont en réalité des anglicismes. Par exemple, on dira plus naturellement “Vas voir dans tes spams” plutôt que “Vas voir dans tes indésirables”.


Mais comment expliquer une telle expansion des anglicismes ? Il existe plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, l’explosion des réseaux sociaux ces dix dernières années joue un rôle crucial dans leur importation dans le français. Les influenceurs, youtubeurs ou steamers les plus suivis à l’international et par les Français sont majoritairement anglophones. En effet, 25 des 50 comptes les plus suivis sur Instagram sont Américains ou Britanniques. Par conséquent, le public est surexposé en contenu anglophone et s’habitue à entendre régulièrement ces mots et expressions, repris à outrance par les influenceurs et youtubeurs francophones. Il devient donc normal pour le public d’utiliser à son tour ces termes dans sa langue maternelle. Il les reprend à l’identique en français, parfois sans même chercher si une traduction officielle existe déjà en français.


Il ne faut pas non plus négliger l’impact du travail sur notre façon de parler. La société étant de plus en plus mondialisée, la langue internationale du travail est l’anglais. En anglais, même avec le plus basique des vocabulaires appris à l’école, un russe peut communiquer avec un coréen, et un argentin avec un marocain. L’anglais facilite ainsi la communication dans les milieux interculturels. Il est donc naturel pour un Français d’utiliser les mêmes mots dans sa vie personnelle lorsqu’il parle de son travail. Et pourquoi ? Parce que la traduction instantanée demande un effort. Si une personne a eu un call en remote toute la matinée, elle répètera plus facilement cette même phrase lorsqu’elle racontera sa journée, plutôt que “réunion à distance”.


La fainéantise peut donc être un autre facteur de l’utilisation plus fréquente de ces emprunts à l’anglais, car les mots et expressions anglo-saxons sont souvent plus courts et concis que leurs traductions en français. Mais alors pourquoi utiliser le mot toaster quand le terme grille-pain ne demande pas plus de temps à prononcer ?


Un fossé intergénérationnel


Les anglicismes participent également à créer un fossé entre les générations. À chaque génération sont lot d’incompréhensions vis-à-vis de la suivante, que ce soit au temps de l’argot ou du verlan. Mais les anglicismes ont cette particularité qu’ils ne sont pas des innovations linguistiques mais des importations d’une langue à une autre.


Les réseaux sociaux étant la cause principale de l’utilisation des anglicismes en français, le public le plus touché est donc la tranche d’âge la plus présente sur ces réseaux : les 18-35 ans. En 2023, 89% de la Génération Z (18-25 ans) utilisent Instagram quotidiennement, et les 25-35 ans représentent l’audience majoritaire sur Youtube. Ceci explique donc pourquoi bon nombre de parents ne comprennent pas leurs enfants lorsqu’ils parlent entre eux. “T’as vu sa story Insta ? Elle a glow up depuis le lycée !” ou “J’adore ton flow avec ces nouvelles sneakers” sont des phrases typiques prononcées par les jeunes, qui laissent leurs parents de trente ans de plus qu’eux dans l’incompréhension la plus totale. Les anglicismes sont donc également un phénomène générationnel.


Danger ou enrichissement ?


Les anglicismes représentent-ils un danger pour la langue française ou bien au contraire un enrichissement ? C’est une question qui mérite réflexion. En effet, une langue s’enrichit au fil des siècles à travers les changements sociétaux, politiques, économiques et culturels. De nouvelles notions, de nouvelles technologies apparaissent sans cesse, et il faut trouver des noms pour les qualifier. Les dictionnaires qui servent de référence en français, le Robert et le Larousse ajoutent chaque année plus d’une centaine de nouveaux mots, preuve incontestable de l’enrichissement permanent du français.


L’apport de mots étrangers dans une langue représente un enrichissement lorsque celui-ci s’ajoute à la langue en tant que synonyme, car le fait d’avoir plusieurs mots pour désigner la même chose est un signe de richesse linguistique, ou lorsqu’il répond à un besoin si le français n’a pas de terme équivalent. Mais lorsque des mots étrangers viennent complètement remplacer le mot dans la langue d’origine, alors ils représentent un danger, car justement la langue perd de sa richesse et de son unicité. Comme le dit si bien l’Académie Française, certains anglicismes “sont nuisibles, quand ils sont dus à une recherche de la facilité qui ne fait qu’introduire la confusion”.


Alors, à l’heure de la mondialisation toujours plus poussée, de la multiplication des plateformes de streaming, des stories et des reels sur Instragram, des shorts sur Youtube, des tee-shirts, sweat-shirts, sneakers, joggings dans nos dressings, la pérennité du français est-elle menacée dans son propre pays ?


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