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La privatisation de la SNCF améliorerait-elle le réseau ferroviaire ?

Le week-end dernier, les nouvelles grèves SNCF au début des vacances scolaires ont mis en colère de nombreux usagers, relançant ainsi le débat sur la privatisation.





Le mouvement des grévistes du 17 et 18 février a pénalisé un grand nombre de voyageurs, puisqu’un TGV sur deux ne roulait pas. La raison ? Les contrôleurs, qui réclamaient une hausse de leur rémunération et une meilleure adéquation entre leurs revenus et leurs conditions de travail. Le ministre des transports, Patrice Vergriete, s’est dit “être surpris” par cette mobilisation, arguant que, sur deux ans, leurs salaires ont augmenté “de 20%”. [Source, BFMTV].


Ce chiffre est pourtant faux. Il suffit de comparer les fiches de paie pour s’en rendre compte : la hausse n’a été que de 2% environ. En réalité, les cheminots reçoivent énormément de primes. Mais elles ne comptent pas pour la cotisation de la retraite et dans les faits, ce n’est pas une augmentation concrète. C’est ce système qui est dénoncé avec ces revendications.


En raison de ces nombreuses grèves régulières depuis plusieurs années, beaucoup d’usagers ressentent une certaine lassitude à ce propos et pensent qu’une privatisation de la SNCF serait une bonne solution. Des prix plus bas, moins de retards, c’est ce qu’ils espèrent. La comparaison se fait régulièrement avec nos voisins allemands où le réseau ferroviaire est entièrement privatisé. Deutsche Bahn (DB) et SNCF sont souvent comparées l’une à l’autre.


Mais la DB est-elle réellement meilleure que la SNCF ? Il y a quelques années, lors d’une étude menée en 2020 par la Commission Européenne, les lignes à grande vitesse affichaient en France 83% de ponctualité et l’Allemagne 70%. Si les chiffres de 2023 ne sont pas encore disponibles pour les lignes TGV de l’Hexagone, de l’autre côté de la frontière, c’est seulement un train sur deux qui est arrivé à l’heure l’année dernière. De nombreux travaux pour combler le retard d’entretien en sont la raison.


Les prix restent cependant moins chers avec la DB, si l’on choisit Hambourg-Munich (l’équivalent d’un Paris-Marseille en termes de kilométrage). Comptez 23€ pour un billet sans possibilité d’annulation et avec la réservation d’une place attitrée, 26€ pour pouvoir annuler jusqu’à la veille, avec des frais s’élevant à 10€. Pour aller rendre visite aux marseillais depuis la capitale le même jour et à la même heure, le ticket le moins cher est à 64€, siège assis compris et avec annulation ou échange possible sans coût supplémentaire jusqu’à une semaine avant la date de départ. Cependant, l’itinéraire sera plus long chez nos voisins allemands : environ 5 heures car ce n’est pas une ligne directe. Contrairement à celui français qui ne dure que 3 heures. Les deux pays s’équivalent donc.


Actuellement, il n’est pas vraiment possible de savoir si les services de la SNCF s’amélioreront ou se détérioreront dans le futur et si rendre le chemin de fer privé est réellement la solution pour un meilleur trafic ferroviaire. La ligne Paris-Lyon a été ouverte à la concurrence italienne fin 2021 et affichait des prix plus bas que la SNCF, mais il est encore trop tôt pour savoir si les trains Trenitalia sont meilleurs que ceux de la compagnie française. Il est certain qu’une privatisation de la SNCF conduirait à de nouvelles manifestations. La prochaine a été annoncée pour le week-end du 24-25 février. Il s’agirait, cette fois-ci, non plus d’une grève des contrôleurs, mais des aiguilleurs. Cette nouvelle mobilisation démontre une stratégie bien huilée de la part des syndicats, qui vont sans doute renforcer la pression avant les JO de Paris 2024, pour obtenir gain de cause.

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