Inégalités salariales : la place de la France en Europe
- Mélanie Groguelin-Besnard
- 24 nov. 2023
- 3 min de lecture
Les inégalités salariales persistent et la France est classée 21ème sur les 27 pays européens en termes d’écart de rémunération entre hommes et femmes.

Depuis le 6 novembre, les femmes travaillent gratuitement en France. Malgré des efforts, les inégalités salariales persistent en Europe. Vingt-huit ans après l’adoption de la Déclaration et le Programme d’action de Beijing par les délégués de 189 gouvernements, force est de constater que les objectifs principaux ne sont toujours pas atteints. Considérée comme le plan le plus progressiste au sujet de l’avancement des droits de la femme, cette déclaration a pour but de promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes dans le monde. Ce même objectif est à l'origine de la création d'ONU Femmes en 2010, l’entité des Nations Unies dédiée à l'égalité des sexes et à l'autonomisation des femmes.
L’écart de rémunération en Europe
L'écart de rémunération entre hommes et femmes est la différence de salaire moyen entre hommes et femmes. En moyenne dans l’Union Européenne, les femmes gagnent 12,7% de moins que les hommes. Cet écart a peu diminué au cours des dix dernières années. Dans les vingt-sept pays membres de l’UE, ces différences varient de 20,5% (Estonie) à 3,6% (Roumanie) pour l’année 2021. Le Luxembourg est jusqu’à présent le seul pays de l’Union Européenne a avoir comblé son écart salarial, atteignant -0,2%.
Cependant, les chiffres peuvent être trompeurs car un écart de rémunération plus faible ne signifie pas pour autant une égalité entre les sexes. En effet, les faibles écarts sont souvent observés dans les pays dans lesquels l’emploi des femmes est plus faible. Le cas de l’Italie est frappant, affichant un écart de rémunération de seulement 5%, mais avec un taux d’emploi féminin d’à peine 51,1%, en dernière position dans l’Union Européenne.
Où en est la France ?
En France, les femmes gagnent en moyenne 15,4% de moins que leurs collègues masculins, ce qui la classe au 21ème rang dans l’Union Européenne. Ce pourcentage relativement élevé s’explique partiellement par le taux d’emploi féminin, qui était de 65,6% (pour les femmes âgées de 25 à 64 ans) en 2022, la moyenne de l’UE étant de 65%. À titre de comparaison, le taux d’emploi des hommes en France cette même année était de 70,8%.
L’écart de rémunération est un paradoxe quand on sait qu’en France, les femmes sont plus diplômées que les hommes. En 2020, 53% des femmes de 25 à 34 ans étaient diplômées du supérieur, contre 46% des hommes.
Les raisons de l’inégalité salariale
L’écart de salaire s’explique par de multiples facteurs. L’un des principaux est l’interruption de carrières des femmes pour l’éducation des enfants. En effet, 81% des mères en couple en 2020 étaient en activité, contre 96% des pères. De plus, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs peu rémunérés, et plus d’un tiers d’entre elles travaillent à temps partiel, contre seulement 8% des hommes.
L’autre raison principale qui explique ces inégalités salariales est la répartition genrée des professions : les femmes n’occupent pas les mêmes types d’emploi et ne travaillent pas dans les mêmes secteurs que les hommes. L’écart de salaire est d’ailleurs plus important dans le secteur privé, où le revenu moyen des femmes était inférieur de 24% à celui des hommes en 2021. À poste comparable, c’est-à-dire à même profession exercée pour le même employeur en équivalent temps plein, l’écart de rémunération se réduit à environ 4%.
Vers une progression de l’égalité salariale
La transparence est l’une des clés principales pour lutter efficacement contre les inégalités salariales. C’est pourquoi le Parlement européen a convenu, en décembre 2022, que les entreprises de l’Union Européenne devraient publier des informations sur les salaires afin de révéler les écarts de rémunération entre hommes et femmes. Des sanctions dissuasives vont être mises en place pour faire respecter cet accord, avec notamment des amendes pour les employeurs qui enfreindraient les règles.
Malgré un retard pour parvenir à l’égalité salariale en France, on peut noter des avancées significatives sur le marché du travail français. Le taux d’emploi des femmes est en constante progression depuis les années 1970 (53% seulement en 1975), et la part des femmes parmi les cadres a doublé en 40 ans, passant de 21% en 1982 à 43% en 2020. Une progression significative qu’il faut mettre à l’honneur et continuer à développer, car le combat des femmes pour l’égalité salariale est encore loin d’être fini.
Sources : Eurostat, Insee.






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